28 mai 2011
Observatoires du Paludisme: carte à jouer...
Analyses et réflexions du Docteur Michel ODIKA (Congo-Brazzaville)
Voici déjà longtemps que "quelque chose" nous échappe... A bien des égards, nous avons comme du mal à cerner "le" problème dans ses principaux contours. Ainsi du paludisme, sujet relevant d'une "brûlante actualité", sans toutefois faire l'objet, et loin s'en faut, d'une "fébrilité médiatique". Ceci dit et constaté, le violent contraste ici mis en relief, pour le moins saisissant, a de quoi... interpeller. Ainsi est-il venu le moment, crucial, de réduire le décalage entre les faits et leur perception. A chacun de s'y atteler, histoire de s'en préoccuper. Maintenant...
De nos jours, la prise en charge du paludisme a ceci de paradoxal et d’incohérent, voire tout simplement de dangereux, que la gestion des principaux enjeux et défis de la maladie, hygiène et assainissement en tête (1,2), ne relève pas – ni administrativement ni techniquement – du secteur de la santé. Bien que, rappelons-le, les professionnels de la santé, dans les pays concernés par le… fléau, soient en première ligne dans la gestion, au quotidien, des conséquences médicales, à commencer par le… paludisme, des défaillances inhérentes aux politiques d’assainissement. Inutile de dire, tellement c’est évident, qu’un tel dysfonctionnement mérite d’être corrigé. D’où le projet, ambitieux, de créer des Observatoires du Paludisme (3). Partout où cela s’impose…
Pourquoi créer des Observatoires du Paludisme? En me gardant de paraître simpliste ou simplificateur, je dirai, brièvement, qu’un tel projet est né d’un « constat et postulat de départ » plutôt… simples, en appui à une « idée-force » tout aussi… simple, véritable creuset à partir duquel des nuances de perception et d’appréciation pourraient se matérialiser en évidences à optimiser et et en exigences à capitaliser… Tâchons d’ores et déjà d’y voir un peu plus clair…

Constat et postulat de départ… La prise en charge du paludisme, censée être globale et intégrée, est aujourd’hui dispersée entre plusieurs secteurs d’activité, soit autant d’acteurs manifestement désarticulés dans leurs initiatives et interactions, quoique potentiellement complémentaires et convergents dans leurs perspectives et projections… En résulte, inéluctablement, une dispersion, dommageable à plus d'un titre, de très précieuses ressources (humaines, financières, techniques...). D'où l'émergence d'une "idée-force" en appui à ce qui se révèle être un... "idéal de progrès".

Idée-force au cœur des choses et de leurs causes profondes… Plus que jamais, il s’agit de « renforcer les capacités institutionnelles à recoller des morceaux actuellement éparpillés », le grand défi étant, si j’ose dire, d’introniser un « superviseur », ou « chef d’orchestre », bref une autorité ou entité en mesure d’harmoniser en temps réel, conformément à un « consensus de prise en charge », les processus de coordination et d’intégration des acteurs et secteurs d’activité susceptibles d’influencer la dynamique globale (environnementale, sociale, sanitaire, médicale…) du paludisme…
Par ailleurs, s’impose désormais un « système d’information », dont la fiabilité, viabilité et représentativité au regard des réalités de proximité et de terrain, puissent permettre aux autorités sanitaires, encore et toujours « en temps réel », de réajuster les mécanismes, pour le moins… complexes, d’allocations et autres réallocations des ressources disponibles, à répartir, le plus harmonieusement possible, entre: l’hygiène, l’assainissement, la prévention, les soins et la recherche… Soit dit en passant, histoire d'épingler un anachronisme, depuis longtemps institutionnalisé en conformisme, à défaut de se concrétiser en automatisme de façade: dans la quasi-totalité des pays touchés de plein fouet par le paludisme, les ministres en charge de la santé - excusez du peu – n’ont aucun droit de regard sur l’élaboration, et encore moins sur l’adoption, des budgets d’assainissement, domaines (exclusivement) réservés des « collectivités territoriales », « municipalités » en tête… Pourtant...

Invitation à cultiver le sens de la nuance… Le problème de fond qui se pose, et qui s’impose ainsi à la réflexion critique, n’est pas en soi un problème de ressources, ni même un problème d’hommes. Allons droit au but: à la base, nous avons un « problème de structure », donc, inévitablement, un « problème de fonctionnement », à partir du moment où « un problème de structure est toujours, par expérience ou en pratique, un problème de… fonctionnement ». Si problèmes de ressources et/ou d’hommes il y a, ces problèmes, en tant qu’épiphénomènes, sont au départ tributaires des révélateurs et amplificateurs de problèmes que sont les problèmes d’architectures et d’infrastructures. En d’autres termes, la plupart des pays concernés par l’ampleur et la gravité du paludisme – à commencer par mon pays d’origine (Congo-Brazzaville) – disposent des hommes et des ressources qu’il faut. Par contre, essentiellement pour causes d’inadaptations et/ou d’inadéquations structurelles, peut éventuellement faire défaut le contexte global dans lequel les hommes et les ressources sont amenés à se déployer, en temps réel…
Evidences à optimiser et exigences à capitaliser… Le projet de créer des Observatoires du Paludisme correspond à un double défi, ainsi résumé: une idée à réaliser et une réalité à idéaliser, de telle sorte qu’une initiative citoyenne, une fois concrétisée en directives politiques, puisse matérialiser une alternative de développement en perspectives de progrès… Ne serait-ce que pour cette raison, j’en suis arrivé à penser que la mise en place d’un Observatoire du Paludisme, là où la « chose » s’impose, se révèle être l’une des trois alternatives crédibles à explorer, et éventuellement à… exploiter, en vue d’une gestion globale, donc optimale, du paludisme…
Simple parenthèse que je me contenterai d’entrouvrir, les deux autres alternatives à envisager pourraient être: soit la fusion des ministères de la santé et de l’environnement (4), soit la création d’un « Ministère de la Santé et de l’Assainissement ». Fermons la parenthèse, histoire d’ouvrir les thématiques et problématiques ici soulevées à l’avenir qu’elles méritent. D’ici là…
Docteur Michel ODIKA
Notes et références
1. Paludisme et assainissement: recours à la socio-économétrie.
2. Hôpital: régulateur défaillant des enjeux de santé.
3. Observatoires du Paludisme: plate-forme de développement et de progrès.
4. Pourquoi fusionner les ministères de la santé et de l’environnement?
10:26 Publié dans Développement durable et équitable, Intégration et cohésion sociales, Santé publique, Sécurité et responsabilité environnementales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernance innovante du paludisme, paludisme et économies d'échelle, paludisme et alternatives de développement, paludisme et souveraineté sanitaire, paludisme et perspectives de progrès, paludisme et perspectives de modernité, paludisme et perspectives de modernisation







Les commentaires sont fermés.